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Le peuple de l’EvangileReeves, Michael
Sorti en 2023Olivier Favre

Couverture

Michael REEVES, Le peuple de l’Evangile, Un appel en faveur de l’intégrité évangélique, tr. de l’anglais (Gospel People, 2022) par Olivia ZHANG, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2023, 139 p.

Avec ce petit ouvrage, le but de Reeves est de redéfinir ce que veut dire être un « évangélique » alors que ce terme est tellement galvaudé aujourd’hui[1]. Pour ce faire, il s’appuie sur l’œuvre opérée par les trois personnes du Dieu trinitaire pour réaliser notre salut. Alors rien d’étonnant à ce que ce livre débute par trois grandes parties : La révélation du Père (ch.2), la rédemption par le Fils (ch.3) et la régénération par le Saint-Esprit (ch.4) avant d’arriver à deux chapitres plus pratiques : l’importance de former un peuple ancré dans l’Évangile (ch.5) et l’intégrité de l’Évangile (ch.6).

Comme à son habitude, Reeves étaye ses arguments au moyen de nombreuses citations bien choisies des Pères de l’Église, des Réformateurs et de théologiens plus récents. Cela donne une richesse et une « profondeur » extraordinaires à sa réflexion.

Dans la section sur « la révélation du Père » (p.21-42), il aborde la question de la suprématie de l’Écriture à cause de sa nature – inspirée de Dieu et infaillible[2]. Pour lui, « [ê]tre évangélique, c’est se tenir avec Christ, contre les pharisiens, en se soumettant à la suprématie des Écritures ; c’est refuser d’“(annuler) la parole de Dieu” (Mc.7.13) par nos propres traditions, pensées ou émotions. Être évangélique, c’est croire que les Écritures prévalent sur tout le reste[3]. »

A l’aide de plusieurs auteurs anciens, il démontre que cette approche de l’Écriture a été la position de l’Église fidèle tout au long de son histoire et que l’idée que l’évangélique est « seul face à sa Bible » est une erreur[4].

Dans la section suivante, Reeves souligne la centralité et l’exclusivité de Jésus-Christ et de son œuvre dans la théologie évangélique. Il dit : « Rester fidèle à l’Évangile implique de traiter Christ, sa mort et sa résurrection rédemptrices comme des sujets “de première importance” »[5]. Et à l’aide de J-C. Ryle, il montre qu’il est possible de corrompre l’Evangile de deux manières – par substitution (soustraction) ou par addition[6] –alors que, pour être justifié, le pécheur a besoin de saisir avec foi TOUTE l’œuvre du Christ.

Au chapitre 4, Reeves met l’accent sur l’importance de l’œuvre du Saint-Esprit. Il déclare : « En tant qu’évangéliques, nous ne devons jamais nous limiter à proclamer ce que nous croyons : il faut que les vérités théologiques de l’Evangile nous transforment par le renouvellement de notre intelligence (Ro.12.2) »[7]. Il met un accent tout particulier sur l’importance d’une conviction de péché vraiment biblique : « Nous n’étions pas juste spirituellement défaillants, mais bien spirituellement morts[8] », d’où la nécessité d’une nouvelle naissance opérée par le Saint-Esprit pour saisir l’Evangile. En effet, « [ê]tre évangélique signifie … marcher en nouveauté de vie et que cette vie nouvelle soit la démonstration même d’une repentance sincère des péchés et d’une adoration ardente de Dieu. … La foi évangélique, dans sa plus belle expression, a cependant toujours fait de la régénération par le Saint-Esprit une question vitale[9]. » Car « Les évangéliques, s’ils veulent être cohérents, doivent mettre en pratique leur théologie dans leur vie et se soucier non seulement de l’orthodoxie (une doctrine juste), mais aussi de l’orthopraxie (une pratique juste) et de l’orthocardie (un cœur juste)[10]. » C’est seulement ainsi que l’Evangile peut apporter l’unité parmi les Evangéliques[11].

Cette unité est le sujet que Reeves développe au chapitre 5 en expliquant que l’attachement ferme à l’Evangile est ce qui permet de maintenir l’unité dans la diversité au sein des évangéliques, les sujets secondaires n’étant pas à même de nous désunir. Cela dit, Reeves constate que malheureusement il arrive que certains donnent une place prioritaire à des doctrines qui ne devraient pas l’occuper. C’est pourquoi il appelle les évangéliques à la repentance pour toutes les fois où des divisions ont eu lieu pour des raisons illégitimes, car l’unité évangélique est ce qui doit nous permettre de dépasser les doctrines « secondaires » présentes dans les diverses dénominations.

Dans le chapitre 6, qui conclut l’ouvrage, Reeves met l’accent sur l’attitude nécessaire au maintien de la foi évangélique aujourd’hui. Il s’agit d’une attitude d’humilité et de remise en question constante afin d’être prêts à continuellement réformer nos pensées, nos paroles, nos actions et nos églises à la lumière de l’Evangile[12]. Cette attitude a caractérisé tous les temps de Réforme et de renouveau dans l’Église. C’est pourquoi, selon Reeves, l’unité véritable ne peut jamais faire l’économie de la fidélité à l’Evangile. Ainsi « l’individualisme » n’a rien d’évangélique, car « [s]i nous ignorons ce que les principaux acteurs de l’Eglise ont dit tout au long de l’histoire, nous agissons de façon aussi schismatique que si nous ignorions l’Eglise d’aujourd’hui. La véritable unité dans l’Evangile doit inclure l’unité avec les évangéliques au fil du temps, passés comme présents[13]. »

L’ouvrage se termine par deux annexes. Une première justifie le fait de définir la foi évangélique de manière théologique et une seconde démontre que la foi évangélique n’est pas une nouveauté mais correspond au message de l’Evangile tel qu’il a été prêché dans tous les temps de l’histoire de l’Église.

Personnellement, je trouve cet ouvrage particulièrement bienvenu pour nous aider à définir l’Evangile pour lequel nous devons oser prendre position à l’heure où le message de l’Evangile est souvent édulcoré et réduit au plus petit dénominateur commun.


  1. Cf. le sondage cité par l’auteur en page 107. ↩︎

  2. p.40 ↩︎

  3. p.29 ↩︎

  4. p.31 ↩︎

  5. p.43 ↩︎

  6. p.50 ↩︎

  7. p.64 ↩︎

  8. p.66 ↩︎

  9. p.72-73 ↩︎

  10. p.77 ↩︎

  11. p.81-83 ↩︎

  12. p.108 ↩︎

  13. p.118-119 ↩︎

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