Iain WRIGHT et Yannick IMBERT, Un millénaire à retrouver, Comment la lumière de l’Evangile a illuminé « l’âge des ténèbres » de 500 à 1500 apr. J.-C., Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 2025, 137 p.
Pierre Valdo, John Wycliffe et Jan Hus sont des exemples de figures relativement connues d’avant la Réforme, mais quelle vision d’ensemble avons-nous de l’Eglise médiévale ? Probablement qu’elle relève d’un « âge des ténèbres », comme cela apparaît dans le titre qu’ont choisi le pasteur I. Wright et le professeur d’apologétique Y. Imbert.
L’objectif d’Un millénaire à retrouver est de montrer que la lumière de la Parole écrite de Dieu ne s’est jamais éteinte, même après l’époque constantinienne. En effet, à cette époque-là, l’empereur Constantin a rendu acceptable le fait d’appartenir à l’Eglise de Christ. Cela a marqué un grand tournant, c’est-à-dire la fin de l’Eglise primitive et sa sortie de la clandestinité, mais cela a aussi engendré des conséquences nettement négatives. Cependant, depuis ce moment et jusqu’à la veille de la Réforme, de nombreux chrétiens, des clercs, mais aussi des laïcs, ont persévéré dans la fidélité à Dieu et à sa Parole, ainsi que dans l’amour pour Christ et son Eglise. Parmi ces figures marquantes de l’histoire de l’Eglise, certaines sont un peu connues (celles citées ci-dessus), d’autres sont restées trop longtemps dans l’obscurité (Boèce, Gottschalk, Bonaventure…)
Ce livre est d’une lecture aisée parce qu’il présente une série de dix courtes biographies décrivant ces témoins de la foi, dans leur contexte historique, ainsi qu’une discussion sur l’évolution de la théologie chrétienne, d’après leurs différents écrits. Les dix hommes de foi retenus par les deux auteurs ne doivent pas être considérés comme les seuls enseignants orthodoxes de l’Eglise médiévale, mais comme des représentants de la continuité d’une théologie fidèle, sans cesse affinée – et cela, grâce à une humble attitude d’écoute, de lecture et de méditation des Ecritures. D’ailleurs, plusieurs aspects de la théologie médiévale demeurent pertinents et importants pour nous aujourd’hui.
Cette compilation, avec son fil conducteur, paraît donc incontournable dans l’enseignement de l’histoire de l’Eglise, à quelque niveau que ce soit. Plus généralement, pour le chrétien d’aujourd’hui, il est tout à fait intéressant d’apprendre que le protestantisme n’est pas né au début du 16e siècle à partir de rien ! Les grands Réformateurs (Martin Luther, Jean Calvin, Menno Simons…) s’inscrivent dans la continuité d’une lignée de croyants remarquables qui, au cours des siècles précédents, ont maintenu vivante la lumière de l’Evangile.
Ainsi, l’un des points forts du présent ouvrage est de démontrer que, pendant tout le millénaire qu’a duré le Moyen Age, une foi biblique et christocentrique a pu se maintenir, et cela, au travers d’une lutte constante pour une théologie orthodoxe, édifiante et fidèle au Dieu des Ecritures. Dans cette démonstration, les auteurs ont bien pris soin de ne pas juger trop sévèrement ces figures du passé selon nos critères actuels, mais très justement, en les replaçant dans leur contexte historique respectif.
Un autre intérêt de ce travail de recherche bibliographique historique est de rappeler l’importance de certains apports intellectuels et spirituels dans les rangs du clergé séculier ou régulier, mais aussi de la contribution des disciples laïcs de Pierre Valdo (les Vaudois du 12e siècle) ou de John Wycliffe (les Lollards du 14e siècle). Ces disciples ont en effet suscité les toutes premières assemblées indépendantes de la grande Eglise officielle.
A la fin de cet ouvrage, on aurait souhaité retrouver une liste de références concernant les écrits historiques cités au cours des différents chapitres, ainsi qu’un index de tous les noms propres mentionnés au fil des pages. Pour les lecteurs curieux, voulant approfondir, l’indication de quelques livres généraux dans le même domaine aurait été pertinente. A titre d’exemples, j’aimerais citer les travaux de E. H. Broadbent[1] et, plus récemment, Pierre Chaunu[2].
En conclusion, ce livre apporte un regard synthétique, à la fois positif et critique, sur l’histoire de l’Eglise et de la théologie. Il débouche sur une profonde humilité face à la Providence active de Dieu, tout au long des siècles, à l’égard de son Eglise. C’est pourquoi la lecture de ce livre est sûrement à recommander.
E. H. BROADBENT, L’Eglise ignorée, Le Pèlerinage douloureux de l’Eglise fidèle à travers les âges, Trois-Rivières [Québec], Publications chrétiennes, 1998, 450 p ↩︎
Pierre CHAUNU, Le temps des Réformes, Histoire religieuse et système de civilisation, vol. 1 (La crise de la chrétienté, L’éclatement [1250-1550]), Paris, Fayard, 1975, 570 p. ↩︎

